La protéine Tau est présente naturellement dans le cerveau et elle est nécessaire au maintien du neurone. Cependant des mécanismes pathologiques peuvent modifier la structure de Tau et provoquer son agrégation. Cela entraîne une destruction des neurones et leur dégénérescence. Les démences qui sont liées à ce phénomène, telle que la maladie d’Alzheimer, sont appelées des tauopathies.
L’équipe de Luc Buée, à Lille, a cherché à développer un vaccin contre la forme malade de la protéine Tau. Pour cela, les chercheurs ont identifié une courte séquence présente uniquement sur la protéine Tau malade et ont fabriqué un antigène identique à cette séquence (un antigène est une substance étrangère à l'organisme capable de déclencher une réponse immunitaire visant à l'éliminer). Ils l’ont ensuite injecté chez des souris. L’objectif était de stimuler le système immunitaire contre cet antigène afin qu’il aille ensuite s’attaquer aux protéines Tau malades dans le cerveau qui portent le même signal. En sélectionnant une séquence présente uniquement sur la forme pathologique de Tau, on épargne ainsi les protéines Tau saines.
Les chercheurs ont travaillé sur des souris qui développent une tauopathie avec agrégation de protéines Tau pathologiques ainsi qu’une dégénérescence neuronale associée à une perte de mémoire. Ils ont injecté l’antigène aux souris à un stade précoce de la démence, au moment où les premiers signes de la maladie surviennent. Ils ont ensuite comparé les effets de la vaccination avec des souris non vaccinées sur plusieurs mois de développement de la maladie, en évaluant leur mémoire à court terme. Ils ont observé que, contrairement aux souris malades non vaccinées, les rongeurs traités conservent une bonne mémoire et que ce bénéfice s’explique au niveau biologique par la réduction de la concentration de protéines Tau pathologiques dans leur cerveau.
Ces résultats montrent que la vaccination contre la protéine Tau pathologique est possible. Cependant il faut savoir que l’agrégation des protéines Tau est un des mécanismes de la maladie mais qu’il y en a d’autres (telle que la formation des plaques amyloïdes). Il sera donc vraisemblablement nécessaire dans le futur de jouer sur une combinaison de traitements thérapeutiques orientés contre les différentes lésions, par exemple une double vaccination contre les protéines Tau et la protéine bêta-amyloïde.
Il est important de mentionner que le docteur David Blum, qui travaille au sein de cette équipe française et qui a participé à cette recherche, est actuellement financé par LECMA pour une durée de 2 ans (2011-2013).